Agrivoltaïsme en Nouvelle-Aquitaine : quand les panneaux solaires se mettent au service des champs

Fraises sous panneaux semi-transparents, recherche sur les cultures et le microclimat, haies photovoltaïques au milieu des pâtures : du 8 au 10 septembre 2026, trois exploitations de Nouvelle-Aquitaine ouvrent leurs portes. Derrière ces expériences se joue une question qui concerne désormais toute la France : peut-on produire de l’électricité dans les champs sans sacrifier l’agriculture ?

Une fraise sous un panneau solaire ne fait pas encore l’agriculture de demain.

Mais elle pose une sacrée bonne question.

Du 8 au 10 septembre 2026, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Chambre régionale d’agriculture organisent la deuxième Semaine de l’agrivoltaïsme en Nouvelle-Aquitaine.

Trois sites expérimentaux seront ouverts aux agriculteurs, collectivités et conseillers agricoles : à Sainte-Livrade-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne, à Losse dans les Landes et à Villemain dans les Deux-Sèvres.

Il serait facile de raconter cette semaine comme une nouvelle manifestation consacrée aux énergies renouvelables.

Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

Car l’agrivoltaïsme ne consiste plus simplement à se demander s’il est possible d’installer des panneaux photovoltaïques dans un champ.

La vraie question est devenue : qu’est-ce que ces panneaux apportent au champ ?

Une région où la question se pose plus tôt qu’ailleurs

La Nouvelle-Aquitaine possède une situation assez singulière.

Elle est à la fois une immense région agricole et l’une des principales régions françaises pour le développement du photovoltaïque.

Elle est également fortement exposée aux conséquences du changement climatique : sécheresses, stress hydrique, chaleur excessive, gels tardifs ou perturbation du cycle des végétaux modifient déjà les conditions de production.

Les travaux d’AcclimaTerra, comité scientifique régional consacré au changement climatique en Nouvelle-Aquitaine, permettent notamment de mesurer l’ampleur des transformations auxquelles les territoires doivent s’adapter.

C’est précisément dans cet entrecroisement — agriculture, énergie, eau et climat — que l’agrivoltaïsme devient intéressant.

Pas comme solution miracle.

Comme expérience.

Trois fermes, trois manières de poser le problème

La semaine organisée en septembre ne présente pas trois copies d’un même modèle. Et c’est probablement son aspect le plus intéressant.

À Sainte-Livrade-sur-Lot : peut-on donner exactement la bonne quantité de lumière aux fruits ?

À Sainte-Livrade-sur-Lot, le projet Insolagrin travaille notamment sur la culture des fraises et des framboises.

L’installation expérimentale utilise des modules photovoltaïques semi-transparents permettant une meilleure diffusion de la lumière au-dessus des cultures.

Une partie des modules présente une transparence de 40 %, une autre de 20 %. Les panneaux sont disposés selon une orientation est-ouest particulière.

Le système comporte également un dispositif de récupération des eaux de pluie, de l’irrigation ainsi que des rideaux motorisés destinés à accentuer l’ombrage lorsque les conditions l’exigent.

Un système de pilotage permet enfin d’agir simultanément sur l’ombre et l’arrosage.

Autrement dit, le panneau commence à changer de fonction.

Il ne s’agit plus seulement d’un objet qui produit de l’électricité et qui, par chance, laisse pousser quelque chose dessous.

Il devient potentiellement un équipement agricole capable de gérer lumière, chaleur et eau.

Le projet a été accompagné financièrement par la Région Nouvelle-Aquitaine à hauteur de 136 800 euros.

Dans les Landes : faire de l’ombre… mais combien ?

À Losse, dans les Landes, le démonstrateur DEM&TER, porté par Valorem, poursuit une autre démarche.

Il s’agit ici d’un programme de recherche appliquée destiné à déterminer quelles espèces et quelles variétés agricoles présentent les meilleures performances lorsqu’elles sont cultivées dans un système agrivoltaïque.

Les chercheurs et agriculteurs cherchent également à identifier les conditions de microclimat les plus favorables.

Le projet doit permettre de mesurer les effets de l’ombrage, des températures, de l’humidité et des conditions particulières créées sous ou à proximité des panneaux.

Cette expérimentation met en évidence une idée fondamentale :

l’ombre n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même.

En période de forte chaleur, elle peut protéger une plante et limiter certaines pertes en eau.

Mais dans d’autres conditions, elle peut aussi diminuer la quantité de lumière nécessaire à la photosynthèse.

C’est pourquoi les effets de l’agrivoltaïsme doivent être étudiés culture par culture, climat par climat et territoire par territoire.

Pour approfondir cette dimension scientifique, on peut consulter les travaux de l’INRAE consacrés aux relations entre agriculture, climat et production énergétique.

Dans les Deux-Sèvres : et si le panneau devenait une haie ?

Le troisième site est encore différent.

À Villemain, dans les Deux-Sèvres, l’exploitation agricole Georgelet et Engie Green expérimentent des haies photovoltaïques verticales bifaciales.

Le démonstrateur comprend quatre rangées de panneaux photovoltaïques représentant une puissance totale de 107 kWc sur environ 5 000 m².

Deux technologies différentes sont étudiées : des structures fixes et des structures dites « tensiles », dans lesquelles les panneaux sont installés sur des câbles d’acier.

Ici, les panneaux ne forment donc pas un toit.

Ils dessinent presque un nouveau paysage agricole.

L’expérimentation doit permettre d’évaluer les bénéfices agronomiques, l’intégration environnementale du dispositif ainsi que le modèle contractuel liant l’exploitation agricole et le producteur d’énergie.

Le secteur de l’élevage herbager attend notamment des retours d’expérience sur ce type d’installation encore relativement rare.

Tout panneau dans un champ n’est pas de l’agrivoltaïsme

C’est probablement le point le plus important à comprendre.

Depuis la loi française du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, la France possède une définition juridique de l’agrivoltaïsme.

Pour pouvoir porter ce nom, une installation photovoltaïque située sur une parcelle agricole doit contribuer durablement au maintien ou au développement de la production agricole.

Elle doit notamment apporter au moins un service à l’exploitation agricole parmi plusieurs possibilités :

  • amélioration du potentiel agronomique ;
  • adaptation au changement climatique ;
  • protection contre certains aléas ;
  • amélioration du bien-être animal.

L’agriculture doit rester l’activité principale de la parcelle.

Le texte peut être consulté directement sur Légifrance.

Ce principe change beaucoup de choses.

Un champ recouvert de panneaux avec quelques moutons chargés de tondre l’herbe n’est donc pas automatiquement un projet agrivoltaïque.

La question devient beaucoup plus exigeante :

Que produit encore le champ ? Dans quelles conditions ? Et quel service le photovoltaïque rend-il réellement à l’agriculture ?

Pourquoi l’agrivoltaïsme intéresse autant aujourd’hui

La pression est forte.

D’un côté, la France doit augmenter sa production d’électricité renouvelable.

De l’autre, les terres agricoles doivent continuer à nourrir, les exploitations doivent rester économiquement viables et les agriculteurs doivent adapter leurs pratiques à un climat qui change rapidement.

L’enjeu consiste donc à réussir à produire du solaire avec l’agriculture plutôt qu’à sa place.

L’Observatoire de l’agrivoltaïsme de l’ADEME permet désormais de suivre cette évolution et de documenter les différents modèles développés en France.

L’eau pourrait être l’un des véritables juges de paix

La question énergétique attire immédiatement l’œil parce que les panneaux se voient.

Mais, derrière eux, un autre enjeu pourrait devenir déterminant : l’eau.

Dans certaines configurations, l’ombrage peut réduire l’exposition directe au soleil et modifier l’évapotranspiration.

Les panneaux peuvent aussi participer à la protection des cultures contre certaines températures extrêmes.

Des dispositifs de récupération de l’eau de pluie peuvent enfin être directement intégrés aux structures photovoltaïques, comme dans le projet de Sainte-Livrade-sur-Lot.

Cela ne signifie évidemment pas que les panneaux solaires vont résoudre la question de l’eau.

Mais ils pourraient devenir, dans certaines productions et certains territoires, l’un des outils d’une adaptation beaucoup plus large de l’agriculture au changement climatique.

Le revenu agricole : l’autre bataille

Il existe un problème moins photogénique que les panneaux, mais au moins aussi important :

qui gagne quoi ?

La valeur économique produite par une installation photovoltaïque peut être importante.

Cette nouvelle ressource peut apporter une sécurité financière à des exploitations agricoles fragilisées.

Mais elle peut également créer une situation dans laquelle la fonction énergétique du terrain devient économiquement beaucoup plus attractive que sa fonction agricole.

Le risque serait alors que l’agriculture devienne progressivement secondaire.

C’est pourquoi l’ADEME travaille également sur les modèles économiques, le partage de la valeur entre agriculteurs et producteurs d’électricité ainsi que l’intégration territoriale des projets.

La question n’est donc plus simplement technique.

Elle devient économique, sociale et politique.

Et nos paysages dans tout cela ?

Un champ agricole n’est jamais seulement une surface productive.

Les vignes, les haies, les prairies, les vergers et les bocages constituent aussi des paysages façonnés au fil des générations.

Love France s’intéresse précisément à ces paysages comme à un patrimoine vivant : non pas figé, mais construit par les pratiques humaines et susceptible d’être profondément transformé par les changements de techniques et d’usages.

À lire également sur Love France : Patrimoine, territoires et paysages de France.

L’arrivée de structures photovoltaïques de plusieurs mètres de hauteur oblige donc également à poser une question esthétique et culturelle :

à quoi ressembleront les campagnes françaises dans vingt ans ?

Certaines installations deviendront-elles aussi ordinaires que les serres, les silos ou les lignes électriques ?

D’autres seront-elles considérées comme des atteintes majeures aux paysages ?

Là encore, impossible de répondre pour toute la France d’un seul bloc.

Une prairie d’élevage des Deux-Sèvres, une exploitation fruitière du Lot-et-Garonne, une vigne provençale et un bocage normand ne présentent ni les mêmes contraintes ni les mêmes paysages.

Ce que les trois expériences de Nouvelle-Aquitaine peuvent nous apprendre

C’est finalement ce qui rend cette Semaine de l’agrivoltaïsme intéressante.

Elle ne prouve pas que l’agrivoltaïsme fonctionne.

Elle montre comment on peut essayer sérieusement de le déterminer.

  • Comparer les rendements agricoles.
  • Mesurer l’eau consommée ou économisée.
  • Observer la qualité des cultures.
  • Étudier le comportement des animaux.
  • Calculer les revenus réellement apportés à l’exploitation.
  • Étudier les sols.
  • Interroger les agriculteurs sur leurs conditions de travail.
  • Évaluer la transformation des paysages.
  • Observer les résultats pendant plusieurs années.

Car dans ce domaine, les démonstrateurs ont probablement beaucoup plus à nous apprendre que les slogans.

L’agrivoltaïsme pourrait constituer une véritable innovation agricole dans certains territoires et pour certaines productions.

Il pourrait aussi devenir une manière très sophistiquée de développer du photovoltaïque sur des terres agricoles.

Toute la difficulté consiste précisément à reconnaître l’un de l’autre.

Les trois visites en Nouvelle-Aquitaine

Mardi 8 septembre 2026 — Sainte-Livrade-sur-Lot, Lot-et-Garonne

Projet Insolagrin
De 10 h à 12 h
Lalande Haute, Sainte-Livrade-sur-Lot

Projet consacré notamment aux fraises et framboises sous modules photovoltaïques semi-transparents.

Mercredi 9 septembre 2026 — Losse, Landes

Projet DEM&TER
De 10 h à 12 h
8 route d’Allons, Losse

Démonstrateur et programme de recherche destiné à étudier les performances agronomiques de différentes espèces et variétés en conditions agrivoltaïques.

Jeudi 10 septembre 2026 — Villemain, Deux-Sèvres

Démonstrateur Georgelet – Engie Green
De 10 h à 12 h
6 route Caille, Villemain

Expérimentation de haies solaires photovoltaïques bifaciales en association avec une exploitation agricole.

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