Guerre cognitive :
quand la bataille se joue dans nos têtes
Propagande, réseaux sociaux, intelligence artificielle, émotions, récits, polarisation… La guerre contemporaine ne cherche plus seulement à conquérir des territoires. Elle cherche aussi à modifier notre perception du réel.

Nous imaginons encore volontiers la guerre avec des chars, des missiles et des soldats. Pourtant, une autre bataille se déroule chaque jour sur nos écrans.
Son terrain est notre attention. Ses armes peuvent être une image, une vidéo, une rumeur, un récit répété des milliers de fois, un faux média, un compte artificiel, un mème humoristique ou désormais un contenu produit par intelligence artificielle.
C’est ce que l’on appelle, dans une acception large, la guerre cognitive.
Faire agir en modifiant la manière de percevoir
Il ne s’agit pas simplement de diffuser de fausses informations.
L’enjeu est plus profond : agir sur la façon dont une population perçoit, interprète et comprend une situation, puis éventuellement sur sa manière de décider et d’agir.
La cible devient donc la cognition humaine : notre attention, nos émotions, nos croyances, nos biais, notre mémoire collective, notre sentiment d’appartenance ou encore notre confiance envers les institutions et les autres citoyens.
Les travaux consacrés à la guerre cognitive décrivent ainsi des actions cherchant à influencer les attitudes et les comportements en agissant sur la cognition des individus et des groupes. Les technologies numériques, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle élargissent considérablement les moyens disponibles.
La bataille ne porte plus seulement sur ce que nous savons. Elle peut porter sur la manière dont nous regardons le réel.
Pourquoi la France est-elle concernée ?
Parce qu’une démocratie repose en grande partie sur un espace commun de discussion et sur la possibilité, pour chacun, de se forger un jugement.
Lorsque l’authentique devient difficile à distinguer du fabriqué, lorsque chaque événement est immédiatement transformé en affrontement identitaire, ou lorsque la peur et l’indignation prennent systématiquement le pas sur l’analyse, le débat public devient plus vulnérable aux manipulations.
La France a renforcé son dispositif face à ces phénomènes. VIGINUM, rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, est chargé de détecter et de caractériser les ingérences numériques étrangères visant le débat public français.
En 2026, la France s’est également dotée d’une Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026-2030, qui met notamment l’accent sur la résilience de la société, l’éducation, la recherche, la détection et la coopération.
Lors des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, VIGINUM a indiqué avoir détecté et caractérisé quatre ingérences numériques étrangères. À l’approche des grandes échéances démocratiques, comprendre ces mécanismes devient donc un enjeu collectif.
Le vrai et le faux ne suffisent plus
C’est ici que commence le travail d’EVALIR.
Une information peut être exacte et néanmoins participer à un mécanisme d’influence.
On peut sélectionner certains faits et en oublier d’autres. Répéter continuellement la même représentation. Donner une visibilité artificielle à une émotion. Transformer une inquiétude réelle en peur collective. Présenter deux groupes comme irréconciliables. Faire circuler une image jusqu’à ce qu’elle devienne davantage présente dans les esprits que le phénomène qu’elle prétend représenter.
Que cherche à produire ce contenu dans notre représentation du monde ?
Une Intelligence de la guerre cognitive
EVALIR construit une Intelligence de la guerre cognitive, conçue comme un laboratoire d’observation et une base de connaissances vivante.
Elle ne cherche pas à dire aux citoyens ce qu’ils doivent penser. Elle cherche à rendre visibles les mécanismes par lesquels des acteurs peuvent tenter d’influencer leurs représentations, leurs émotions ou leurs décisions.
- les récits et contre-récits qui structurent une perception collective ;
- l’utilisation de la peur, de la colère et des émotions ;
- les biais cognitifs mobilisés ou amplifiés ;
- la répétition, l’amplification et la viralité des messages ;
- le rôle de TikTok, X, Instagram, Facebook et des autres plateformes ;
- les phénomènes de polarisation et d’identité collective ;
- les images, mèmes, vidéos et doubles numériques ;
- les contenus synthétiques produits par intelligence artificielle ;
- la manière dont un récit peut accompagner ou légitimer une décision ;
- les relations entre intelligence artificielle, décision et responsabilité humaine.
Chaque phénomène peut devenir une fiche documentée, reliée à des exemples, des recherches et un corpus de sources.
Progressivement apparaît une cartographie : non pas seulement celle des fausses nouvelles, mais celle des mécanismes invisibles de l’influence.
Observer avant d’être influencé
EVALIR n’est ni un service de renseignement ni un organisme chargé d’attribuer clandestinement des opérations à des États ou à des organisations.
Son travail se situe ailleurs : observer en sources ouvertes, croiser, documenter, comparer et expliquer.
Lorsque nous comprenons pourquoi une information provoque immédiatement notre colère, pourquoi une image devient omniprésente, pourquoi certains récits apparaissent simultanément à des milliers d’endroits ou pourquoi deux parties de la population finissent par ne plus habiter le même monde informationnel, nous retrouvons une partie de notre liberté de jugement.
Entrer dans le laboratoire
EVALIR rassemble progressivement recherches, observations, études de cas et outils d’analyse afin de mieux comprendre comment récits, plateformes, émotions et intelligence artificielle transforment notre environnement informationnel.
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