Le neuvième secret de Béziers
Un homme disparaît. Une photographie ment. Et toute une ville semble garder le secret.
Nora Valette revient à Béziers pour retrouver un ami archiviste. Mais celui-ci a disparu.
Sur le Pont Vieux, un inconnu lui remet une enveloppe contenant une vieille photographie et trois mots : « Méfie-toi du neuf. »
L'enquête commence.
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L'enveloppe du Pont Vieux
Le message d'Étienne était arrivé à 6 h 42. « Si tu tiens toujours à notre vieille amitié, viens à Béziers. J'ai trouvé quelque chose que je n'aurais pas dû trouver. » Nora Valette l'avait rappelé aussitôt. Son téléphone était éteint.
À onze heures, elle descendait du train. À midi, elle apprenait qu'Étienne Marceau, archiviste indépendant et ami de vingt ans, n'avait plus donné signe de vie depuis l'avant-veille. Le fait ne lui ressemblait pas. Étienne était capable d'oublier un anniversaire, un déjeuner ou le nom d'un ministre. Jamais une échéance professionnelle.
Nora traversa le centre-ville, puis descendit vers le Pont Vieux. Le vent poussait les nuages au-dessus de la cathédrale Saint-Nazaire. Elle avait reçu une seconde instruction, programmée par Étienne : « À midi et demi. Sur le pont. Un homme aura quelque chose pour toi. »
À 12 h 29, un homme portant une veste gris foncé s'approcha.
— Madame Valette ?
— Cela dépend.
— De quoi ?
— De ce que vous allez me demander.
Il eut un sourire bref. « Étienne avait dit que vous répondriez quelque chose comme ça. » Il lui tendit une enveloppe. Avant qu'elle puisse poser une question, il s'éloigna vers la rive.
Nora ouvrit l'enveloppe. Elle contenait une photographie ancienne montrant plusieurs hommes devant un bâtiment de pierre. Au dos, une phrase : « La neuvième n'est pas à sa place. » Et, plus bas, une autre, écrite d'une main différente :
« Méfie-toi du neuf. »
Nora examina les visages. L'un des hommes semblait avoir été ajouté à la photographie. Les ombres, autour de ses épaules, n'allaient pas dans le même sens.
Son téléphone vibra. Numéro inconnu. Elle décrocha. Une voix d'homme murmura :
— Rentrez chez vous, madame Valette. Ce n'est pas votre histoire.
Puis la communication fut coupée. Nora contempla la photographie, la replia soigneusement et la glissa dans son sac. Elle avait toujours détesté qu'on décide à sa place.
Le Pont Vieux, lieu réel de cette fiction
Le Pont Vieux franchit l'Orb et offre un panorama remarquable sur Béziers. La scène et les personnages sont fictifs.
Découvrir la notice patrimoniale ↗L'homme de la cathédrale
Étienne avait loué un bureau près de la cathédrale. Lorsque Nora arriva, la porte était fermée. Une femme travaillant dans le bâtiment lui expliqua que quelqu'un était venu chercher des dossiers la veille.
— Vous avez vu son visage ?
— Non. Mais il portait un chapeau. Et il sentait terriblement la lavande.
Nora la remercia. C'était un début. Un homme au chapeau et à la lavande : on avait connu des portraits-robots plus convaincants.
Elle retrouva dans sa correspondance le nom d'un antiquaire qu'Étienne avait consulté : Victor Vasseur. Vasseur devait participer à une présentation de documents anciens organisée dans un salon privé proche du théâtre. Nora l'appela.
— Étienne Marceau ? répéta l'antiquaire. Oui, je le connais. Enfin, je le connaissais.
— Pourquoi ce passé ?
Un silence.
— Parce que les gens qui cherchent des ennuis finissent parfois par en trouver.
La conversation s'acheva là. Nora rejoignit le parvis de Saint-Nazaire. Elle avait besoin de réfléchir. L'immense silhouette de la cathédrale dominait les toits et l'Orb. Elle songea aux siècles accumulés derrière ces pierres.
Elle sortit de nouveau la photographie. Cette fois, un détail lui sauta aux yeux. Dans le coin inférieur droit apparaissait une inscription presque effacée :
« Planche 8/9. »
Neuf. Il ne s'agissait peut-être pas des neuf écluses. Ni de neuf personnages. La photographie appartenait simplement à une série de neuf images. Mais où étaient les huit autres ?
Elle reçut alors un message d'un numéro qu'elle ne connaissait pas : « Étienne n'a pas disparu tout seul. Demandez aux Halles. »
Nora leva les yeux. De l'autre côté de la place, un homme semblait l'observer. Un homme avec un chapeau. Elle se mit à marcher vers lui. Il disparut au coin de la rue.
La cathédrale et les lieux du pouvoir
Saint-Nazaire et l'ancien palais épiscopal témoignent de l'histoire religieuse et institutionnelle de Béziers.
Découvrir la cathédrale ↗Le carnet des Halles
Aux Halles, Nora demanda si quelqu'un connaissait Étienne Marceau. Un vendeur de fromages la regarda avec méfiance.
— Vous lui voulez quoi ?
— Le retrouver.
— Dans ce cas, vous n'êtes pas la première.
Il lui désigna un petit comptoir où une femme aux cheveux courts préparait des cafés. Elle s'appelait Maud. En entendant le nom d'Étienne, elle posa sa tasse et sortit un petit carnet bleu de sous son comptoir.
— Il m'a demandé de vous remettre ça.
— Quand ?
— Mardi matin.
Nora pâlit. Mardi matin. Après sa prétendue disparition. Elle ouvrit le carnet. Il contenait des reproductions photographiques, des reçus, des dates et des annotations. Au milieu, une mention entourée de rouge :
« Dossier Riquet — attribution douteuse. »
Depuis plusieurs mois, Étienne étudiait un ensemble de documents qu'un collectionneur privé prétendait rattacher aux premiers travaux du canal du Midi. Un manuscrit, en particulier, était présenté comme exceptionnel. Selon Étienne, quelque chose clochait.
Une des photographies avait été retouchée. Certaines pages avaient changé de description au fil des catalogues. Et le nom de Victor Vasseur revenait à plusieurs reprises. Nora photographia deux pages du carnet, puis sortit acheter une bouteille d'eau.
Lorsqu'elle revint, son sac était ouvert. Le carnet avait disparu. Elle fouilla fébrilement la banquette, le sol, les poches de son manteau. Rien.
Maud revint vers elle, le visage fermé.
— Vous avez un problème ?
— On m'a volé quelque chose.
Maud regarda la porte des Halles.
— Alors vous devriez faire attention à l'homme avec qui vous êtes arrivée.
— Quel homme ?
— Celui qui vous suivait. Il avait une veste grise.
Nora reconnut immédiatement la description de l'homme du Pont Vieux. Celui qui lui avait remis l'enveloppe.
Les Halles et l'histoire des marchés
Les Halles centrales appartiennent au patrimoine commercial de Béziers. Les personnages et le vol sont fictifs.
Découvrir Béziers à savourer ↗La femme qui avait tout vu
Nora n'avait pas l'intention de poursuivre un inconnu dans toutes les rues de Béziers. Elle choisit une méthode plus simple : rechercher les noms et les adresses mentionnés dans les deux pages qu'elle avait eu le temps de photographier.
L'une des notes renvoyait à une maison de la rue de l'Argenterie. Là, une résidente lui expliqua qu'Étienne était venu rencontrer une ancienne photographe, Simone Aubanel, qui habitait une maison de la rue des Docteurs-Bourguet.
Nora sonna. Une femme de quatre-vingts ans lui ouvrit presque aussitôt.
— Vous êtes Nora.
— Vous me connaissez ?
— Non. Mais Étienne m'avait prévenue. Entrez.
L'appartement débordait de livres, de cadres et de boîtes photographiques. Simone lui servit un verre d'eau.
— Vous cherchez Étienne, n'est-ce pas ?
— Oui.
— Il est vivant.
Nora posa son verre.
— Vous en êtes certaine ?
— Je lui ai parlé hier.
Il y eut un long silence.
— Alors pourquoi se cache-t-il ?
Simone désigna une boîte de photographies.
— Parce qu'il a découvert une fraude. Et parce que quelqu'un croit qu'il possède encore les preuves.
Elle expliqua que plusieurs photographies d'un ancien dossier avaient servi à fabriquer une provenance prestigieuse pour un manuscrit. Le document devait être présenté prochainement à des acheteurs privés. La découverte d'Étienne menaçait une opération très lucrative.
Simone sortit un tirage photographique de sa boîte. Le même groupe d'hommes. Le même bâtiment. Mais l'homme ajouté sur l'image envoyée à Nora n'y figurait pas.
— Cette version est authentique, dit Simone. L'autre a été fabriquée.
Nora étudia la photographie.
— Et les huit autres ?
Simone lui lança un regard surpris.
— Vous cherchez les autres photographies ?
— Évidemment.
La vieille dame eut un petit sourire.
— Alors vous n'avez toujours pas compris.
Elle montra l'inscription : « Planche 8/9 ».
— Ce n'est pas la huitième d'une série de neuf photographies.
Nora sentit son cœur accélérer.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Le huitième tirage d'une seule planche. Et le neuvième montre celui qui a fabriqué le mensonge.
Au même instant, quelqu'un frappa à la porte. Trois coups lents. Simone pâlit.
— N'ouvrez pas.
Les maisons anciennes du centre de Béziers
Les rues de l'Argenterie et des Docteurs-Bourguet conservent des maisons documentées dans les inventaires patrimoniaux.
Maison rue de l'Argenterie ↗La neuvième image
Derrière la porte se tenait l'homme à la veste grise. Nora avait fini par ouvrir, malgré les protestations de Simone. Il leva les mains en signe de paix.
— Je m'appelle Elias Ferran. Je travaille avec Étienne.
— Vous volez également les affaires de vos collègues ?
Elias fronça les sourcils.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Il sortit son téléphone. Une photographie montrait Étienne, vivant, assis dans une pièce inconnue.
— Il vous attend.
Nora n'aimait ni cette invitation ni sa mise en scène. Elle exigea de parler à Étienne avant de le suivre. Quelques secondes plus tard, son ami apparut à l'écran.
— Nora. Je suis désolé.
— Vous allez surtout devoir vous expliquer.
— Viens au pont-canal. Elias te conduira. Simone sait où.
La communication s'acheva. Simone confirma le rendez-vous. Elle connaissait Elias, qui avait aidé Étienne à mettre les originaux photographiques en sécurité.
Au pont-canal de l'Orb, Nora retrouva son ami dans un local prêté par une association. Étienne avait mauvaise mine. Mais il était entier.
— J'ai eu peur, dit Nora.
— Moi aussi.
Elle regarda les documents disposés sur une table : une série de tirages photographiques, des copies de catalogues, une note d'expertise.
Étienne lui expliqua qu'un manuscrit avait été présenté comme un document ancien lié à l'histoire du canal. Sa provenance reposait notamment sur une photographie falsifiée.
— La planche numéro neuf ? demanda Nora.
Étienne acquiesça. Il posa devant elle une image récente. On y voyait Victor Vasseur devant un ordinateur, manipulant la reproduction de la photographie ancienne.
L'image, à elle seule, ne constituait pas une preuve suffisante. Mais, confrontée aux fichiers originaux, aux dates et aux documents, elle rendait la falsification difficile à nier.
— C'est Elias qui a pris cette photo, expliqua Étienne.
Nora se tourna vers lui.
— Alors pourquoi m'avoir suivie ?
— Parce que nous ne savions pas qui vous observait.
Nora allait répondre lorsqu'Étienne ajouta :
— Il y a seulement un problème. Quelqu'un savait déjà que j'avais découvert le montage.
— Vasseur ?
— Peut-être. Mais quelqu'un m'a prévenu avant qu'il l'apprenne.
Nora regarda la table. Le carnet bleu avait disparu. Pourtant ses pages photographiées contenaient encore un indice. Sous le nom de Vasseur figurait un second nom, souligné.
« M. Aubanel. »
Nora releva lentement les yeux. Simone Aubanel.
Le pont-canal et l'aventure de l'eau
Le pont-canal franchit l'Orb. Il témoigne des grandes transformations techniques du canal du Midi.
Découvrir la notice officielle ↗Le dernier mensonge
Ils retrouvèrent Simone Aubanel près des écluses de Fonséranes. Elle les attendait à une terrasse, devant une tasse de thé refroidi. Nora posa les photographies sur la table.
— Vous connaissiez Vasseur.
— Oui.
— Et vous saviez qu'il préparait une fausse provenance.
Simone regarda les écluses. Elle semblait soudain très lasse.
— Je l'ai su trop tard.
Elle leur expliqua qu'elle avait confié, des années auparavant, plusieurs archives photographiques à une société de numérisation liée à Vasseur. Elle ignorait que certains documents serviraient ensuite à fabriquer une histoire de propriété imaginaire.
— Quand j'ai compris, j'ai essayé de récupérer les fichiers. Vasseur a refusé.
— Pourquoi n'avoir rien dit à la police ? demanda Nora.
Simone haussa les épaules.
— Parce que j'avais honte d'avoir été aussi naïve.
Elle avait donc contacté Étienne. C'était elle qui l'avait averti. C'était elle aussi qui avait écrit le message « Méfie-toi du neuf ».
Nora resta silencieuse un instant.
— Et le carnet volé aux Halles ?
Simone eut un mouvement de surprise.
— Volé ?
Nora se tourna vers Elias. Il rougit.
— C'est moi qui l'ai pris.
— Vous plaisantez ?
— Étienne m'avait demandé de le mettre à l'abri. Je pensais que quelqu'un allait vous le voler.
— Vous auriez pu me prévenir.
— Oui.
Nora le fixa longuement.
— Vous êtes décidément de très mauvais enquêteurs.
Étienne éclata de rire. C'était la première fois depuis deux jours.
L'affaire fut ensuite remise entre les mains des autorités compétentes, avec les éléments réunis par Étienne, Simone et Elias. Le projet de vente fut suspendu.
Aucun trésor n'avait été découvert. Aucun souterrain secret ne débouchait sous la cathédrale. Pas même une cachette derrière la neuvième écluse.
Il y avait simplement une tentative de faire passer une histoire inventée pour une histoire vraie.
Nora songea que le mensonge avait au moins un talent : il savait parfaitement se déguiser.
Avant de quitter les écluses, elle demanda à Étienne :
— Une dernière question. Pourquoi avoir disparu sans me prévenir ?
Il baissa les yeux.
— Je pensais vous protéger.
— Vous avez réussi à m'inquiéter, à me mettre en colère et à me faire courir partout. C'est une protection originale.
Il sourit.
— Vous me pardonnerez ?
— Après un bon dîner. Et plusieurs explications.
Ils repartirent ensemble. Derrière eux, un bateau franchissait lentement les bassins de Fonséranes.
Nora avait passé deux jours à chercher un homme disparu. Elle repartait avec une certitude : les vieilles pierres ne mentaient pas. Ce sont les hommes qui leur prêtent parfois des histoires qu'elles n'ont jamais connues.
Son téléphone vibra. Un message de Simone.
« J'ai retrouvé une autre photographie. Elle ne concerne pas Vasseur. Mais il faudrait peut-être que vous la voyiez. »
Nora s'arrêta. Étienne la regarda.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle rangea son téléphone.
— Rien, répondit-elle. Pour l'instant.
Les véritables écluses de Fonséranes
Les écluses de Fonséranes constituent un ensemble emblématique du canal du Midi. L'intrigue policière est fictive.
Consulter la notice patrimoniale ↗Et si les lieux racontaient d'autres histoires ?
« Le neuvième secret de Béziers » est un polar original. Ses personnages, ses documents et son intrigue sont fictifs. En revanche, les lieux de Béziers existent : le Pont Vieux, Saint-Nazaire, les Halles, les maisons anciennes, le pont-canal et les écluses de Fonséranes.
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