Femmes inspirantes :
une sélection engagée
Il y a des livres qui ne se referment pas. Qui continuent de vivre en vous longtemps après la dernière page, comme une braise qu'on garde au creux de la main. À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les équipes de Lisez ! ont réuni une sélection qui ressemble moins à une bibliographie qu'à un acte de résistance — douce, joyeuse, parfois féroce.
Des sorcières de la Renaissance aux pistes d'athlétisme de Kaboul, des fjords de Patagonie aux coulisses du patinage sur glace, des bûchers de l'Inde coloniale aux maternités de la guerre d'Espagne : ces femmes traversent le temps et les frontières avec la même soif de se tenir debout.
Essais & biographies
On commence toujours par les mots. Avant de résister, il faut nommer ce à quoi l'on résiste. Les essais réunis ici forment une bibliothèque du féminisme vivant — loin des dogmes, proches du combat réel.
Un abécédaire personnel, vivant, qui rappelle que le féminisme n'est pas un héritage figé mais une révolution en cours. Diallo y rend hommage aux grandes figures qui ont pavé le chemin — tout en montrant combien il reste à parcourir. Son écriture ne sermonne jamais : elle convainc, elle éblouit, elle indigne aux bons endroits.
On referme ce dictionnaire avec l'envie irrépressible de l'ouvrir à nouveau, à une autre lettre, pour y trouver une autre bataille à mener. Un livre de chevet autant qu'un livre de combat.
Cette relecture magistrale des chasses aux femmes libres dit tant de nous-mêmes. Qui étaient celles qu'on a brûlées ? Des veuves, des célibataires, des femmes sans enfants, des femmes âgées — toutes celles qui prétendaient vivre selon leurs propres règles. Chollet ne se contente pas d'exhumer le passé : elle montre avec une précision implacable comment ces logiques d'effacement continuent d'irriguer nos représentations contemporaines. Les sorcières sont partout sur Instagram, dans les librairies féministes, dans les slogans militants — et ce livre explique pourquoi elles y ont leur place.
Comment le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes — dans les voitures, les médicaments, les armures militaires, les espaces publics. Un livre qui fait rage avec des faits, et dont chaque chapitre laisse une petite entaille dans notre façon de voir le quotidien.
Qui est cet ennemi invisible qui nous dit, à nous les dominé·es, que quoi que nous fassions nous avons tort ? Un essai d'une acuité rare, qui touche à la maternité, à l'enfance, au culte du travail, au militantisme comme surveillance de soi. Chollet écrit comme on respire — avec profondeur et sans essoufflement.
Les grandes figures de la lutte pour les droits des femmes occupent également une place de choix dans la sélection :
Les voix du présent
Il y a des livres qui ne sont pas nés d'une envie d'écrire, mais d'une nécessité absolue. Des livres arrachés au silence — parce que se taire était impossible, parce que parler était le seul acte de résistance qu'on ne pouvait pas confisquer.
Championne afghane de taekwondo, elle avait dix-neuf ans à l'arrivée des talibans. Son dojo, fermé. Ses victoires, un crime. Sa liberté, une provocation. Elle a fui. Et depuis Paris, elle a découvert que les frontières ne protègent pas toujours : des milliers de menaces de mort et de viol ont continué de pleuvoir sur elle, depuis un régime qui exporte sa haine.
Ce livre raconte la traversée des frontières, les humiliations, les reconstitutions de soi — et cette conviction que parler fort, c'est la seule forme de résistance qui ne se laisse pas confisquer. On ne lit pas ces mots : on les reçoit.
Championne olympique de patinage artistique à cinq reprises, sacrée à Pékin en mars 2022, elle aurait pu viser une sixième médaille aux JO 2026. Elle a préféré partir. Ce récit intime et politique raconte les victoires éclatantes et les blessures invisibles, les injonctions d'un milieu qui broie, et la nécessité vitale de se réapproprier son corps et son art.
Papadakis écrit pour ne pas disparaître dans le silence imposé aux femmes. Elle écrit, aussi, pour dire ce qu'une médaille d'or ne dit pas. Un témoignage d'une lucidité bouleversante.
« La littérature peut être un espace de reconquête. Un livre peut rendre à une femme sa voix, son histoire, sa colère — et parfois, sa joie. »
— Sélection Lisez !, mars 2026Romans : héroïnes d'hier et d'aujourd'hui
La fiction permet ce que l'essai ne peut pas toujours : elle fait vivre l'Histoire dans les corps, dans les voix, dans les choix impossibles d'une femme un soir de 1940 ou d'un matin de l'Inde coloniale.
Plus d'un million de lecteurs américains conquis, enfin traduit en français. C'est un roman-monde, une saga familiale portée par quatre sœurs — Sylvie la lettrée, Cecelia l'artiste, Emeline la sensible, Julia l'ambitieuse — qui se révèlent à elles-mêmes au moment où une tragédie ébranle leur équilibre. Napolitano écrit l'amour avec une précision chirurgicale et une douceur infinie.
Elle pose la question qui traverse tout le roman : que se passe-t-il quand on choisit d'aimer l'autre non en dépit de ce qu'il est, mais précisément pour ce qu'il est ? Un livre qui prend le temps, qui respire, qui tient compagnie longtemps.
1940. La Maternité d'Elne, sur les bords de la Méditerranée catalane, accueille des femmes espagnoles, tsiganes, juives, arrachées aux camps d'internement pour qu'elles puissent accoucher dignement. Un roman choral sur la sororité comme acte politique — sur cette idée que prendre soin d'une autre femme, quand tout le monde ordonne l'abandon, est la forme la plus haute de résistance.
République démocratique du Congo, 2018. Bahari-Bora a été enlevée par des rebelles à treize ans. Cinq ans plus tard, elle s'échappe. Et c'est seulement alors que commence le vrai combat : quand son corps lui revient, et qu'il lui appartient enfin de décider. D'une écriture sensible et poétique, ce premier roman rend hommage aux femmes meurtries par les crimes de guerre — sans jamais les réduire à leur souffrance.
Le jour où Suzanne gagne au Loto, elle achète un manoir normand et découvre la tombe d'une sainte oubliée depuis le XVIIe siècle. Avec trois complices improbables, elle la ressuscite. Ce qui s'ensuit est une révolte piquante, impertinente, contre tous les salauds ordinaires. Un premier roman corrosif qui se dévore — et qui venge.
Dystopies féministes
Quand la réalité ne suffit pas à dire l'oppression, la fiction prend le relais — et parfois la devance. Ces romans ont acquis le statut de prophéties involontaires.
Dans la République de Gilead, les femmes ont perdu le droit de lire, de travailler, d'aimer librement. Les Servantes sont réduites à leur seule fonction reproductrice. Publié en 1985, ce roman n'a cessé de gagner en résonance. La nouvelle traduction française lui rend toute son acuité — et son urgence. À lire en diptyque avec Les Testaments et Le Livre des vies, également disponibles chez Robert Laffont.
Livres jeunesse
La sélection pose aussi la question essentielle : comment transmettre aux enfants cette conscience de l'invisibilisation des femmes dans l'Histoire ?
Un livre cherche-et-trouve original qui propose, à travers onze scènes historiques reconstituées, de repérer les femmes dans des lieux où elles étaient systématiquement effacées — l'Assemblée nationale en 1974, les suffragettes de Londres en 1903, le marathon de Boston. Un livre familial, éducatif, drôle, qui questionne avec douceur la place des femmes dans notre mémoire collective.
Parce que si les enfants apprennent à chercher Simone, peut-être qu'un jour ils cesseront de l'oublier.



