Une demeure singulière au passé tumultueux

Situé en Périgord Noir, à Castelnaud-la-Chapelle, le château des Milandes est un superbe château français de la Renaissance, qui comprend également de magnifiques éléments gothiques.

La construction du château des Milandes débuta en 1489. Quelques décennies plus tôt la famille de Caumont, qui vivait au château de Castelnaud, s’était installée en Périgord, à la suite du mariage de Nompar IV de Caumont avec Jeanne de Castelnaud. Ils vivaient au château de Castelnaud, en plein centre de cette vallée qui connut les interminables combats de la guerre de cent ans.

En 1489, leur arrière petit-fils, François de Caumont, ne supportait plus l’austérité médiévale du château de Castelnaud. Aussi lorsqu’il se maria, il décida de faire construire pour son épouse Claude de Cardaillac, une demeure de charme dans laquelle la lumière pourrait pénétrer, enfin. Grâce aux opulents vitraux voulus par François, les pièces des Milandes, qui donnent sur la vallée de la Dordogne en contrebas, sont chaque jour inondées de lumière.

 

 

De la Saint-Barthélémy à la révolution Française

Le château des Milandes a été habité tout au long du XVIe siècle, mais les bouleversements politiques de cette époque ont perturbé la sérénité de cette magnifique demeure.

Au XVIe siècle, les seigneurs de Caumont, convertis au protestantisme, sont en effet, de farouches opposants au catholicisme : notamment Charles, fils de François et Geoffroy, petit-fils de François ; ce dernier a épousé Marguerite de Lustrac, marquise de Fronsac et riche héritière d’un des plus beaux partis de France. Tous deux vivaient au château des Milandes.

Le château des Milandes, a accueilli de nombreux habitants illustres au cours du 16e siècle. Le plus notable était Jacques Nompar de Caumont, un descendant de François de Bourbon. En 1572, Jacques fait partie des milliers de personnes miraculeusement épargnées après que les membres de leur famille aient été massacrés le jour de la Saint-Barthélemy. Le jeune homme est recueilli chez son oncle Geoffroy, aux Milandes. Mais il ne tarde pas à devoir fuir à nouveau, six ans plus tard, lorsque les catholiques reprennent le château en empoisonnant l’oncle de Jacques en 1578. Henri de Navarre envoie alors l’un de ses serviteurs personnels, pour protéger Jacques de toute atteinte.

A l’issue de la révolution française, la splendeur de la famille de Caumont est détruite par la Révolution, et le château des Milandes abandonné par ses propriétaires. Il fut acheté par deux familles en 1850, qui y apportèrent chacune leur propre touche, séparant la demeure en deux.

 

Au XXe siècle, le château renaît

En 1900, Charles Auguste Claverie, industriel français lié à la région de Sarlat, achète le château des Milandes et lui redonne son unité et son âme originelle de luxueuse demeure. Avec l’aide de l’architecte Henri Laffillée, il restaure entièrement les Milandes et ajoute une aile à l’est, qu’il coiffe d’une tour, sur les ruines d’une ancienne tour de guet.

En 1908, il fait appel à Jules Vacherot, architecte paysagiste de la ville de Paris. L’idée est de créer un luxueux « jardin à la française » entouré d’un parc à l’anglaise.

 

Joséphine Baker, icône des Milandes

Lorsqu’Angélique de Labarre a acheté le château des Milandes en 2001, elle a immédiatement compris que le château des Milandes était bien plus qu’une simple demeure luxueuse. Pour elle, c’était aussi l’endroit où Joséphine Baker a vécu quelques-unes des plus belles heures de sa vie en tant que femme et mère, auprès de sa tribu « Arc en Ciel ». Aujourd’hui, l’âme de Joséphine Baker est présente, partout, aux Milandes.

L’artiste Joséphine Baker est en effet venue dans le Périgord après avoir loué le château en 1938 et 1939. En 1947, elle achète le château des Milandes après son mariage avec Jo Bouillon, et le restaure avec amour. Femme de cœur, généreuse et d’une empathie sans limites, elle y met toute son âme… et toute sa fortune aussi !

Femme moderne, Joséphine a apporté l’eau courante et l’électricité au village de Castelnaud. Le couple Bouillon-Baker possédait en effet, presque toutes les maisons de Castelnaud et 300 hectares de terres. Ils vivaient sur cette propriété avec leurs douze enfants adoptifs, originaires de neuf pays différents, qu’ils appelaient leur « tribu arc-en-ciel ». De rénovation en réhabilitation, Joséphine transforme le château en une résidence luxueuse. La star qu’est alors Joséphine, icône des Milandes, va même jusqu’à installer des robinetteries plaquées or dans ses salles de bains.

En 1968, criblée de dettes, Joséphine est expulsée de sa propriété et le château de Joséphine Baker est vendu aux enchères. Cette vente aux enchères marque la fin d’une époque pour l’artiste, qui avait imaginé un monde meilleur aux Milandes, un lieu de fraternité universelle et de rencontre des cultures. C’est cet esprit insufflé par Joséphine Baker, qu’Angélique de Labarre a su redonner aux Milandes. Tout au long de la visite, qui est un parcours singulier, chacun fait l’expérience de la vie et de l’engagement d’une femme exceptionnelle. L’histoire de sa vie y est présente, partout. Au-delà de la star internationalement connue, Joséphine Baker est aussi devenue l’icône des Milandes, habitante secrète d’une demeure qui ne peut laisser indifférent.

La France Libre aux Milandes

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker s’engage pour les Français libres et devient un agent du contre-espionnage français. Elle a effectué d’importantes missions lors de l’occupation allemande, utilisant notamment ses partitions musicales pour dissimuler des messages. En reconnaissance de son action héroïque, Joséphine Baker, également pilote d’avion lors de la seconde guerre mondiale, a reçu de nombreux prix et honneurs, en étant notamment nommée chevalier de la Légion d’honneur, en recevant la médaille de la Résistance et une médaille commémorative pour service volontaire dans la France libre.

En 2021, Joséphine Baker est la sixième femme à être entrée au Panthéon. Au château des Milandes, Angélique de Labarre a créé sous les combles la « salle de la Résistance », qui retrace le parcours héroïque de Joséphine Baker, au service de la France Libre.